Vous le savez je suis une fervente supportrice du parage naturel. Ceci dit, je préfère voir un cheval ferré que mal paré ou mal entretenu. Et tous les chevaux ne peuvent pas être pieds nus surtout s'ils n'ont pas les conditions de vie adéquates (par exemple, cheval en boxe, cheval qui reste immobile)...
Et quand on passe au parage naturel, on prend conscience de l'importance d'un parage régulier et fréquent. Sur mes chevaux, je devrais le faire tous les quinze jours. Malheureusement, des fois je fais toutes les 4 semaines. Bon, ça doit déjà vous sembler court comme intervalle. Mais un pied long ce n'est pas bon.
Les talons qui poussent font que l'os du pied n'est plus parallère (enfin sa face du dessous) au sol. Ce faisant, c'est comme s'il basculait et se mettait en situation de préfourbure. Cette position provoque qu'il exerce une pression sur la paroi du sabot, sur le laminé... qui n'est pas prévu à résister à ça. En fait, la nature a prévu que les chevaux soient dehors sur des terrains variés, parfois très durs et abrasifs, et qu'ils parcourent plusieurs dizaines de km par jour.
Or, nos chevaux sont loin de les faire. PAr conséquent, quand le pied pousse, les talons s'élèvent et la pince pousse vers l'avant. L'impact des talons qui s'élèvent est donc ce basculement de la troisième phalange. Tandis que l'impact de la pince qui pousse vers l'avant fait qu'à chaque pas se crée une tension qui tend à écarter la paroi du pied, à provoquer un étirement de la ligne blanche voire la séparation. Et comme la phalange basculée appuie sur le laminé, ça fragilise encore la structure du pied et favorise cette séparation.
On le constate en regardant le dessous du pied, là où il y a pression car paroi trop longue (=dépasse la hauteur de la sole), il y a une ligne blanche étirée voire séparée. De visu, ce que l'on appelle "ligne blanche" est en fait une ligne grise qui s'élargit donc aux endroits de pression voire forme un vide. En général, on retrouve cela en pince mais aussi en quartiers. Normalement, quand on tient le pied, les quartiers paraissent comme une légère cuvette par rapport à la pince et aux talons. En effet, quand le cheval vient en appui, le poids qui vient en appui sur les différentes phalanges appuie aussi sur l'éponge qui vient s'écraser sur la fourchette venant en appui au sol. Lors de cet appui, les talons s'écartent pour permettre d'absorber l'onde de choc. (absorption diminuée par les fers). Les talons s'écartant, si les quartiers étaient à la même hauteur, ils subiraient une pression trop forte. Il faut donc qu'ils soient au repos légèrement plus bas pour qu'en phase d'appui ils viennent en contact avec le sol. Donc quand on laisse trop pousser le sabot, il y a une pression trop forte qui s'effectue en quartier et provoque ces étirements voire séparation. On le constate aussi de face quand vous regardez le pied posé au sol en appui. Normalement, le pied doit être rectiligne. C'est à dire que si vous posez une rape ou un objet droit le long de la paroi partant du bourrelet périoplique jusqu'au sol, tout du long ça doit être en appui contre la paroi, la toucher. Quand il y a évasement, comme ici en quartier (sur les côtés du sabot), quand vous posez votre rape, elle vient toucher le haut et le bas mais au milieu il y a un espace. C'est ce qu'on appelle la fusée. L'angle de début du pied, de pousse au niveau du bourrelet périoplique n'est pas le même que celui qui est en bas. On passe d'un angle plus vertical, à un angle fuyant vers le sol. Ceci est provoqué par la pression qui vient s'exercer sur ces quartiers trop longs. Même sans regarder le dessous du pied, quand on voit ça de face sur un pied posé au sol, on peut deviner donc que la boite cornée n'est pas très bien tenue et qu'il y a donc fragilisation de la ligne blanche. Si vous regardez le pied de profil sur un cheval qui a la pince trop longue, vous le constatez aussi.
Il est donc nécessaire de reproduire l'usure naturelle du pied par des parages réguliers voire fréquents. Car plus le cheval bouge, plus son pied pousse, et si'l bouge sur un sol herbeux, il faut compenser.
Je pare donc régulièrement mes chevaux. Ne croyez pas que je sois prétentieuse au point de me croire une professionel du pied nu. Seulement soyons réaliste, il n'y a pas de pareur professionel dans ma région et quel MF accepterait de venir aussi souvent que j'en ai besoin? Et en plus, du fait de mauvaises expériences avec des MF qui ont rendu boiteux certains de mes chevaux, j'avoue ne plus avoir confiance. Je suis pragmatique, je prends sur moi de faire moi même. Au début, j'étais très inquiète à cette idée. "Mon Dieu et si je me trompe!", il s'agit de mes chevaux chéris! Je ne veux pas leur faire du mal! Mais bon, quand un MF rend votre cheval boiteux... qu'y a t il de pire? Donc, je m'y suis lancée. Je n'ai connu qu'un raté l'été dernier en ayant voulu trop bien faire. "Le mieux est l'ennemi du bien". Prenant de l'assurance, j'ai trop enlevé et rendu mes chevaux à nouveau sensibles. Ceci dit, beaucoup pourront vous confirmer que cela arrive aussi aux MF.
Je me documente aussi. J'ai pratiqué un stage de parage naturel. Et dernièrement, je me suis achetée deux livres en anglais sur le parage naturel (Ramey et Jackson), pour vous dire ma motivation!
C'est donc toute motivée hier que je me suis dit qu'il fallait que je fasse les pieds de Quorail. JE sors le trépied de ma voiture (il y était resté depuis que je l'avais ramené du précédant pré). Je prépare les outils et hop vais chercher Quorail. Je l'amène devant l'écurie, laisse la longe par terre et commence à lui prendre un premier antérieur que je pose sur le trépied. Ma méthode n'est peut être pas conventionelle, mais je commence par parer l'extérieur du pied. Je réduis les évasements et fais le mustang roll (arrondu de la paroi au niveau de la sole). Et là, j'ai mon petit Quorail qui vient me faire calin. Il était tout sage, laissant son pied sur le trépied. Je lui caressais la tête, il en fermait les yeux de bonheur. Et moi ravie de voir mon cheval, mon poupou de 3 ans aussi sage et content que je m'occupe de lui! Car qu'on se le dise, si certains chevaux bougent uniquement au moment du parage ou ferrage, c'est qu'ils ont bien compris la correspondance entre ce qu'on leur faisait au pied et l'inconfort qu'ils ressentent après. Donc pour moi, c'est un indicateur que je ne fais pas si mal que ça!
% Parer un cheval qui semble content et en profite pour calin, ça c'est réellement la cerise sur le gateau!!!
Ensuite, prenant le pied resté sur le trépied, je passe directement à la position où je le tiens entre mes cuisses et je pare le dessous. Encore un petit plaisir. Malgré mon délai un peu long entre parages (4 semaines), il reste une certaine concavité. LA fourchette est belle. LEs barres sont pas mal. Elles ne sont pas recourbées au dessus de la sole. En parage naturel, on coupe les barres car si elles viennent en appui, elles provoquent des tensions à l'intérieur du pied. La fourchette belle, montre que le pied fonctionne bien. Car en général, une fourchette pourrie traduit un mauvais fonctionnement du mécanisme du pied. N'oublions pas que le pied est à considérer comme un coeur auxillaire, une pompe de plus. Dans quand le pied fonctionne mal, le sang s'accumule avec les toxines et la fouchette pourrit. Je pare donc les barres. Je pare la sole sur les parties latérales de la fourchette. Je baisse la paroi en quartier. J'enlève les évasements. Je pare la fourchette pour la mettre en pointe au niveau de la sole et faire une pente progressive jusqu'au premier tiers, la partie la plus large, où elle doit venir en appui passif, donc être quasiment à la hauteur des talons. Il était temps, elle part en lambeaux. LA nature est bien faite, quand ça pousse de trop, ça s'autopare et part donc en épluchures. Je prends ensuite la rape pour tout mettre d'applomb, paufiner et ensuite terminer mon mustang roll. JE repose le pied et observe le résultat. Ensuite, je reprends le pied pour vérifier au mètre mes mesures, que je n'ai pas une partie du pied plus haute que l'autre. Non, en allant jusqu'aux poils, j'ai bien 4 cm partout. Heureuse que mon Quoquo siot si sage, je le caline. Il en ferme encore les yeux. JE fais l'autre antérieur en faisant se décaler le cheval par indications gestuelles en pas de côté au dessus du trépied. Ben oui, le trépied est quand même lourd alors si je peux éviter d'avoir à le bouger, je m'en porte mieux. Pour ce pied, idem, beau pied et Quorail tout sage qui fait calin... J'en étais toute émue. Ensuite, je lui demande de faire demi tour pour présenter ses postérieurs au trépied. Bref, je lui ai fait comme ça ses quatre pieds. Super contente de son bon comportement, je laisse le matos en plan et emmene brouter Quorail de la bonne herbe. Nous revenons peut être un quart d'heure plus tard. Je remets mon Quoquo au boxe. Et là alors que je me retourne, qu'est ce que je constate? un truc bizarre sur mon trépied. Mais qu'est ce donc? Aurais je tordu la tige qui me permet de régler la hauteur? M'enfin, c'est bizarre! Ca semble courbé. Et la couleur...
Je m'approche et la je constate que sortait d'un des trous de réglage la tête et la partie avant du corps d'un petit serpent. Un orvet je pense. J'éclate de rire à l'idée que depuis dimanche, je le balade dans ma voiture, que je l'ai pris avec le trépied du coffre et qu'en plus je suis restée 1h contre mon trépied avec Quorail qui le parer! Et je n'ai rien vu! Heureusement que ce n'était pas une vipère! Quorail ne comprenait pas que j'en étais toute perturbée.
En fait, l'orvet à vouloir sortir par un trou s'en était retrouvé coincé. Je le voyais qui cherchait às e dégager. Il a donc fallu que je l'aide à se dégager de là. Une fois que je le tenais, je ne savais pas trop quoi en faire. Non, pas que je songeais à le tuer. Mais je me demandais si le garder à proximité ne pouvait pas être intéressant pour qu'il mange des bestioles qui nous nuisent. Finalement, nous l'avons relâché dans les buissons à côté de l'écurie. Le pauvre, depuis dimanche, il n'a pas bu ni manger! Heureusement que j'étais motivée à faire les pieds de Quorail! Enfin voilà pour la petite histoire! Et maintenant, Quorail a quatre pieds tout jolis! Il marchait à peine de manière plus délicate sur les cailloux ce que je vérifie après chaque parage pour être sûre que je n'y sois pas allée trop fort. Donc, nickel!