Alimentation de mes chevaux, la pratique 2/2
Par Nathalie le samedi 22 avril 2006, 08:00 - Soins aux chevaux - Lien permanent
Après l'"art" de calculer les rations (n'ayez crainte, je ne me prends pas au sérieux), l'art de les distribuer. Et là, je ne plaisant plus! lol
Le moment des repas c'est là où se joue la hiérarchie.
D'un point de vue éthologique, c'est le moment où la présence d'une ressource
rare (la ration, rare car distribuée ponctuellement même si biquotidien)
déchaine les passions. Les chevaux sont des proies et pour eux l'apport de
nourriture est important. Celui qui parviendra à manger le plus de nourriture,
celle de meilleure qualité et à en profiter au mieux aura toute les chances de
survivre. En revanche, celui qui ne parviendra pas à manger assez, qui n'aura
que les restes de mauvaise qualité et aura du mal à assimiler risque de
s'affaiblir tellement qu'il va représenter une proie facile pour les
prédateurs.
Alors qu'à longueur de journée, on peut s'interroger sur l'existence d'une
hiérarchie au sein d'un troupeau défini, en présence d'une ressource rare la
question ne se pose donc plus.
Et nous quelle est notre place? Nous ne sommes pas cheval et les chevaux le
savent bien!
Soit mais même étant d'une espèce différente, nous pouvons mener la danse. Et
il en va de notre sécurité.
Comme les chevaux sont concentrés sur le fait d'obtenir leur ration, si nous
n'envoyons pas un message clair qu'ils doivent nous respecter, ils penseront
alors qu'ils peuvent nous attaquer pour obtenir plus vite leur ration. Et le
constat est là: quantités d'accidents se produisent au moment où la hiérarchie
s'exprime et trahissent le fait que la personne n'a pas su obtenir le statut de
leader respecté de la part de ses chevaux???
Et comme la hiérarchie est criante au moment des repas, dans notre manière de
distribuer la ration, nous allons soit renforcer le cheval dans son idée qu'il
doit toujours nous respecter, soit nous allons le renforcer dans son idée que
nous ne sommes rien, voire juste un pantin et que par conséquent, quand bon lui
semble il peut nous agresser pour obtenir ce qu'il recherche!
Personellement, je préfère être dans la première catégorie, celle qui renforce
mes chevaux dans leur idée que je suis vraiment leur leader et qu'ils doivent
me respecter. Aucun doute n'est permis. Je veux pouvoir les nourrir en toute
sécurité et quie d'autres de tous âges puissent aussi les nourrir en toute
sécurité!
Et cet apprentissage d'attendre pour recevoir sa ration a des répercussions
pour le reste des interactions homme-cheval. Si le cheval comprend que c'est en
nous considérant avec respect qu'il obtiendra le plus de nous, il se montrera
alors toujours délicat. Y compris lorsque nous lui tendrons à la main une
friandise. Ce n'est quand même pas un luxe de tendre sa main sans craindre
qu'elle ne soit prise dans l'étau que représente les dents!
Bref, le rapport que nous entretenons avec le cheval au moment de la nourriture
est déterminateur de notre relation pour toutes les autres "activités".
Je vais donc vous présenter ma manière de nourrir. Vous pourrez peut être la
trouver "militaire". Pourtant je vous assure que je n'ai absolument pas cet
état d'esprit (plutôt à l'opposé!) et qu'à observer, ça parait plutôt naturel.
Et je dois dire tellement agréable!!!! Car chacun y trouve son compte. fini les
combats, conflits, stress! Nous entrons dans l'ère d'une entente sympathique ou
chacun sait quelle place lui revient! Quelle harmonie!
Je suis donc intransigente avec le respect au moment des repas.
Mais comment se comporte un cheval qui nous respecte?
Tout simplement en nous cédant sa place sur notre passage, en respectant notre
espace personne. Ou autrement dit, le cheval qui ne viendra pas vous envahir
quand vous arrivez. Le cheval qu'il ne faudra pas mettre une énergie folle pour
qu'il se pousse.
Mes chevaux ne sont donc pas envahissants. Ils se poussent très facilement
selon mon attitude. Ils viennent pres de moi quand je leur demande. Ils ne me
poussent donc pas et ne se frottent pas non plus sur moi.
Quand ils me suivent, c'est à distance derrière moi. Sans bousculade donc. Dans
le calme. Et plus le cheval acceptera de vous suivre loin, plus forte sera
votre relation. Par exemple il faut une sacrée dose de feeling pour que le
cheval tourne en cercle en longe virtuelle à 20m de vous. Tandis que le cheval
qui tournera en vous collant vous montrera un manque de respect (à moins que le
cavalier lui ait demandé cette proximité).
Pourquoi j'interdis autant de choses? Tout simplement parce que j'ai remarqué
que pour avoir une belle relation avec mes chevaux, pour qu'il y ait entente,
harmonie, calme, respect, douceur, l'élement principal était qu'ils respectent
mon espace, qu'ils m'accordent le statut de leader.
Or si vous observez des chevaux, notamment au moment des repas. Le dominant
viendra chasser toutes dents en avant les dominés. Ils se tiendront alors
derrière (plus loin de la nourriture) à plusieurs mètres du dominant. Ou en
dehors des repas, il n'y a que le cheval dominant qui se frotte sur les autres.
Vous ne verrez jamais un dominé se frotter sur un dominant. ET aussi c'est le
dominant qui initie le grooming.
Or, quand par gentillesse, nous laissons passer ce genre de comportement que le
cheval développe envers nous (se frotter sur nous, nous envahir...), vous lui
passez l'information que vous êtes dominé. Et si vous êtes dominé, alors il est
en droit de vous chasser, de vous traiter comme il le veut... et donc s'il
estime que vous ne lui cédez pas assez vite la place, qu'il n'a pas eu assez de
caresses, papouilles, gratouilles voire que sa ration n"'est pas arrivée assez
vite, ilest en droit de vous attaquer.
N'allez pas imaginer que je noircis le tableau. Il n'y a qu'à fréquenter les
forums pour s'apercevoir combien ce genre d'accidents est fréquent.
J'aime mes chevaux mais pas au point de sacrifier ma vie. Et comme j'aime mes
chevaux, je veux avoir une belle relation avec eux. Si l'envie m'en prend, je
veux pouvoir jouer avec eux sans que ma sécurité ne soit menacée.
Et c'est parce que je les aime que je fixe des règles...
Car finalement, si les chevaux ont besoin de cette hiérarchie, c'est parce que
c'est la seule garante à la cohésion du groupe mais aussi à leur sécurité à
tous. Les chevaux se moquent de dominer ou d'être dominés. En revanche, ce
qu'ils exigent du cavalier c'est que le statut de chacun soit clair et
cohérent. Ils attendent du cavalier que s'il prend la position de leader qu'il
l'assume jusqu'au bout sans faille. Car c'est quand ils commencent à
s'apercevoir que le leader est défaillant que les tests commencent. Au départ,
il s'agit de tests psoradiques puis ils vont croissants. Jusqu'à ce que le
cheval nous mette clairement KO. Et là c'est lui qui mène la danse et décide
pour nous. Car finalement si nous ne sommes plus dignes d'être leader à ses
yeux, cela revient pour lui à ce que nous puissions pas assumer sa sécurité. Il
va alors chercher à rester en sécurité dans son lieu de vie. Et refusera donc
d'en partir...
Alors au final, nous pouvons dire que c'est bien parce que j'aime mes chevaux
que je leur offre un cadre si défini et rigide. C'est par amour pour eux que je
suis si rigoureuse, si disciplinée, si cohérente. JE ne laisse rien au hasard.
Et comme ils me sentent sûre de moi, en confiance, ils acceptent de me suivre
où je veux. Ils ne se posent pas la question et se sentent bien à mes côtés.
Finalement, plus le cadre est ferme, plus les chevaux sont épanouis. Moins ils
me testent car si tantôt je tolérais un comportement et tantôt l'interdirais,
mes chevaux me trouveraient incohérentes, injustes, pas digne d'être leader et
d'assurer leur sécurité. Il y aurait donc des tests croissants jusqu'à ce que
je sois éjectée. Et ces tests sont d'autant plus croissants que si un cheval
commence à douter que ma demande soit sans appel, qu'il commence à s'imaginer
qu'elle est falcultative, il va appliquer ce raisonnement pour toutes mes
demandes et finira non seulement par ne plus obéir à aucune mais aussi me
mettre en danger en développant des défenses/rétivités contre moi.
Vous l'aurez compris, si j'attache autant d'importance à la manière dont je
nourris c'est par amour envers mes chevaux, pour leur passer le message que je
suis quelqu'un de sûr de fiable, qu'il faut respecter et suivre en tant que bon
leader. Ils savent que je suis là pour eux. De plus, leur bénéfice (et non des
moindres) est qu'ils peuvent manger dans le calme, sans stress, sans
conflit!
Comme je vous l'ai dit au début, le moment des repas est le moment exacerbé où
s'exprime la hiérarchie. Et c'est souvent source de conflits entre chevaux pour
que le dominant accumule le plus de nourriture en la "volant" aux autres. Du
point de vue du dominant d'ailleurs, il ne s'agit pas d'un vol mais d'un du.
Effectivement, le dominant a un droit d'acces prioritaire aux ressources. Dans
la pratique cela donne à ce que le dominant aille explorer les différentes
rations de ces congénères ce qui donne lieu à des chasses poursuites. Et donc
les dominés mangent stressés et gouluement à cause de l'assaillant qui
approche. Et le dominant mange aussi très nerveusement.
Or quand le climat de calme, séréinté est présent pour la distribution des
repas, on obtient l'harmonie, un climat pacifique. C'est comme cela que
j'obtiens au pré des chevaux qui mangent tranquillement chacun leur ration. Ils
ne sont pas stressés à l'idée que le dominant puisse venir les chasser. Non,
c'est la quiétude. Que du positif.
Et n'allez pas penser que mes chevaux ont toujours été comme ça! Non, loin de
là! Surtout avec une jument aussi dominante que Divine. Partout où elle a été,
quelle que soit la typologie du troupeau, elle a toujours dominé. Et partout et
en tout temps pris un "malin" (anthropomorphisme) plaisir à faire les chaises
musicales à l'heure des rations.
Or, aujourd'hui (et depuis un moment), elle a cessé ce comportement. Elle s'est
transformée et mes autres chevaux aussi. Et ma relation avec eux aussi. J'ai
une relation plus épanouie. PArfois je joue avec eux. Je me sens plus proche
d'eux et eux proche de moi. PAradoxal, non???
Après avoir vanté les louanges de cette approche, il faut que je vous la
présente concrètement.
Voici comment je procède.
Déjà avant que je n'entre les chevaux savent que je ne tolère pas qu'ils soient
dans la zone par où entre la nourriture. Ca c'est une vraie difficulté en soi.
Car avant quand je venais les voir, souvent ils passaient par moi. Puis
partaient direct en direction de la barrière. Maintenant ils restent aupres de
moi et je les papouille. Mais la difficulté suivante est qu'ils ne me suivent
pas quand je ressors chercher les seaux. Ils doivent accepter de rester à leur
place d'attendre que les seaux arrivent.
Ensuite quand j'entre le pré avec les seaux, ils doivent se pousser de mon
chemin, et me suivrent à distance derrière moi puis s'arrêter en même temps que
moi et attendre. Ils attendent premièrement que je verse la ration puis secondo
mon autorisation d'aller manger (10 secondes après). C'est une autre difficulté
en soit puisque les chevaux ont naturellement tendance à vouloir manger dès que
la ration est versée. Mais si on laisse faire et qu'on part, là, le message que
le cheval reçoit c'est "je me dépêche de m'en aller, ne me fais pas de mal, je
t'ai versé ta ration"... donc par la suite il peut nous agresser si nous
n'avons pas été suffisamment rapides et efficaces à mon goût. Là, le message
est clair, tu attends mon autorisation. Je décide!
Middle est monté vers la barrière puisque c'est l'endroit où il est nourrit.
Mon objectif est qu'une fois que je suis passée par la zone d'où provient la
nourriture, que chaque cheval aille attendre sagement à sa place. C'est une
difficulté supplémentaire puisque à la base les chevaux préfèreraient me
suivre. Dans leur logique, il faut être proche de la nourriture pour être sûr
d'en recevoir. Je leur apprends ma logique. Si tu veux être nourri, va attendre
sagement à ta place. Et s'ils n'obtempèrent pas, alors je repars avec les seaux
et ils "sautent" un repas.
Ils attendent bien à distance, immobiles. Chaque fois qu'ils bougeront les fera
patienter plus longtemps. Je nourris en premier Divine et Topaze puisque Divine
est la dominante du troupeau. Je respecte donc leur ordre hiérarchique. Et
j'applique la même méthode pour tout le monde.
Ensuite Divine et Topaze vont manger. Vous remarquerez qu'elles me contournent.
Cela prouve bien le statut qu'elles m'accordent: celui de leader que l'on
respecte. Elles me laissent leur place. Il m'aurait été impensable que je doive
les contourner!
Quorail part à sa place tandis que j'appelle Perle à me rejoindre
Elle m'a suivie puis s'est arrêtée à distance. Notez la taille de mon espace
personel!
Ensuite je lui permets d'aller manger.
Quorail n'est pas allé jusqu'à sa place. C'est avec lui que j'ai le plus de mal
(si on peut dire). JE me demande si le fait que ce soit lui le dominé de tous
fait qu'il craigne que je l'oublie. Il me fait penser à un enfant. Juste une
hypothèse. Mais je n'ai qu'à lui rappeler d'aller à sa place pour qu'il s'y
rende. Cette fois là il montre un manque de motivation. Mais généralement, ça
se passe mieux. Voire il y a va direct. Peut être m'a t il sentie différente à
cause de l'apn. Enfin, c'est quand même pas trop mal.
Quant à Middle il m'a clairement laissé sa place. Il s'est vraiment bien
éloigné en me contournant.
Je m'aperçois que depuis cette vidéo, il a encore progressé. Puisque les
dernières fois il attendait derrière le paquet d'orties. Là apres être parti,
il est revenu. En fait, plus ça va, plus je suis exigente. Mais en même temps
c'est un bon exercice!
Je le fais aisément reculé puisqu'il s'était avancé avant l'heure. Ca aussi
aujourd'hui ça n'arrive plus. De même on voit Quorail au fond qui s'impatiente
(calmement quand même). Je referai une seconde vidéo pour montrer les progres!
lol
Puis je termine avec Quorail.
En revoyant cette vidéo, mon impression est mitigée. Généralement ça se passe
encore mieux. CEci dit ça vous montre combien à distance j'arrive à agir sur
mes chevaux, leur demander de reculer. Et finalement comment je parviens à les
remettre précisément où ils étaient. Et c'est important. Car quand on fait une
demande d'immobilité/arrêt c'est en un lieu et un temps précis. Si le cheval
obéit à retard ou quitte cette place, c'est une rupture de contrat, il a
désobéit à la demande. Je suis vraiment très stricte avec ça. Ca fait parti de
la discipline et du respect. Et vous voyez que mes chevaux l'acceptent très
bien. Pas besoin de contact physique. Rien. Dans la facilité j'obtiens ce que
je demande. C'est donc positif. Le sentiment mitigé provient du fait que j'aie
du rappelé Middle et Quorail à l'ordre ce qui n'arrive plus aujourd'hui. Et je
ne tolère pas de devoir rappeler à l'ordre. JE responsabilise mes chevaux. Nous
fonctionnons par contrat pour plus de confort réciprique. En effet, je n'embete
pas mes chevaux à venir les pousser de ci ou de là pour qu'ils soient comme je
leur demandais. C'est donc plus confortable pour eux. Et plus confortable pour
moi car je n'ai pas besoin de faire d'efforts. Mais là les règles n'étaient pas
nickellement bien appliquées. Il faut rester vigilent. Je ne veux pas retomber
à assister mes chevaux, à les leur rappeler. C'est de leur devoir. Mais comme
je me suis montrée plus claire là dessus, c'est presque parfait aujourd'hui.
Presque parfait car je doute que la perfection existe! 
Voilà comment mes chevaux connaissent calme et tranquillité au moment des repas
et comment pour moi ce moment est devenu agréable sans le moindre risque
Très prochainement, je vous présenterai donc une version améliorée de ma manière de nourrir...
Une petite photo
Là où mange Quorail
Divine et Topaze
Middle
Perle
Et quand je vous parle de rapport hiérarchique en présence d'une ressource rare. Comme avec ce seau de destrier bloc auquel Quorail a difficilement acces. Et encore du fait de ma présence, il ne se fait pas vraiment chasser....
Quand je nourris de mon "point de vue"
D'un point de vue extérieur...